DECLARATION DU PRESIDENT KAMIL DEVANT LA 4e COMMISSION DE L’O.N.U

Le président du conseil de gouvernement à pris deux fois la parole devant la 4e commission de l’organisation des Nations unis, dite commission de décolonisation.
Sa première intervention le 3 novembre se situait dans le cadre des débats généraux, alors que la seconde, le 10 novembre est une réponse à  une question posée par le délégué gabonais à propres de l’avenir politique  du T.F.A.I.

Voici le texte intégral de ces deux déclarations :

DISOURS DU 3 NOVEMBRE

Monsieur le Président,
Messieurs les délégués,

Je vous remercie de m’avoir permis de prendre la parole devant cette honorable assemblée, la 4e commission de l’ONU.
Je parlerai en ma qualité de Président du conseil de Gouvernement du TFAI, c’est-à-dire en personnalité non liée à un parti politique et dirigeant un gouvernement de coalition.
Les propos que je vais tenir ont recueilli l‘approbation de la LPAI, formation politique qui participe à la constitution de mon gouvernement.
Je sais également que ces propos rencontrent un large soutien de la part du FLCS.
Je souhaite très vivement qu’ils puissent satisfaire les autres mouvements politiques représentatifs avec lesquels je maintiens des contacts continus afin de rencontrer leur adhésion.

Le vœu de mon gouvernement est en effet que le territoire accède à l’indépendance dans l’union de toutes les tendances politiques.
La colonie française qui s’appelle aujourd’hui le TFAI et qui s’appelait avant 1967 la CFS  changera certainement de nom dans  quelques mois. En effet de par la volonté sans équivoque de ses habitants ce pays recouvrera sa souveraineté internationale au cours du premier semestre 1977. Mon pays sera indépendant avant le 1er juillet 1977.

Permettez-moi de vous dire à cette occasion que nous sommes résolus à dépasser les oppositions ethniques stériles entretenues par le colonialisme et que reflète de façon particulièrement malheureuse le nom même donné au Territoire.

– Notre peuple est mur pour former une nation unie, un Etat moderne qui, dans ses lois, ne tiendra aucun compte de l’origine ethnique de ses citoyens.

Avec votre permission Monsieur le Président honorables délègues, je vais m’efforcer, dans un premier temps, de vous présenter le futur Etat  et ensuite de vous exposer notre détermination de conserver notre indépendance recouvrée.

Mon pays a une superficie de 21 000 km2. Sa population est estimée à 240 000 âmes.
Djibouti, la capital, en abrite plus de la moitié.
Le futur Etat indépendant héritera de l’ère coloniale. L’économie la plus  artificielle qui soit. Aucune colonie n’a connue à la veille de son indépendance, une dépendance économique aussi poussée. Jugez-en

Notre économie repose sur deux secteurs plus fragiles l’un que l’autre. Le premier et le moins fragile est composé de deux éléments. Il y a d’une part les rémunérations des services que vous fournissons  aux usagers de notre part (notre principal instrument économique), de notre aéroport et de notre chemin de fer. Ce premier secteur est constitué d’autre part par les activités attirées part la santé de notre monnaie rattachée au dollar américain, par les libertés du commerce et des changes, par l’existence d’une zone franche portuaire par l’efficacité des télécommunications et des liaisons aériennes.
L’abondance et la régularité des ressources fournies par ce premier secteur (il entre pour environ 50 % dans la formation du revenu national) dépendent des conjonctures politiques et économiques internationale. La fermeture du canal de suez entre 1967 et 1975 a pèse très négativement sur notre  économie.

Le deuxième secteur de notre économie frappe par son caractère très artificiel. C’est un corps étranger qui n’est même pas greffe sur notre système économique. Il s’agit d’une injection monétaire réalisée par la France sous forme de traitement et de salaires aux militaires et aux fonctionnaires de ce pays.
Cet apport financier sans aucun fondement économique participe pour environ 45% à la formation de notre revenu national. C’est une situation intenable.
Aucun pays au monde ne peut tolérer une telle dépendance vis-à-vis de l’extérieur.
Le futur Etat aura donc à cœur de remédier à cette situation. il le fera d’autant plus facilement qu’il existe des potentialité économique substantielles.
Le développement industriel est possible. Il existe une énergie géothermique exploitable.
Le sel et les minéraux du lac Assal sont également exploitables. Le tourisme peut être lancé » sur une grande échelle ; le port peut étendre ses activités s’il est agrandi et si un centre de réparations navales y est construit. La zone franche peut permettre le développement d’une industrie de transformation destinée à la réexportation. Par ailleurs, la pêche semi-industrielle peut être lancée.
Cette transformation industrielle de notre économie n’est envisageable qu’avec  une importante aide financière internationale. D’ores et déjà mon pays accueillera bien volontiers une telle intervention. Malgré la précarité de notre système économique et profitant de l’injection monétaire artificielle réalisée par la France, nous nous sommes donnés au niveau de vie qui peut se comparer très avantageusement avec celui des pays de même niveau de développement économique.
Cette année nous avons pu scolariser prés de 70% de la population en âge d’aller à l’école à Djibouti et autour de 30% dans la campagne.
Notre système d’intervention sociale couvre des domaines aussi divers que les prestations familiales, les accidents de travail, les risques-maladie, et la retraite aux vieux travailleurs. Le salaire minimum garanti atteint 75 dollar américains par mois. Pour conserver nos avantages sociaux ainsi que notre indépendance recouvrée, nous sommes déterminés a nous battre sur deux fronts : économique et politique.
Sur le front économique notre lutte portera sur le développement du potentiel économique auquel j’ai fait allusion plus hait et ce afin de faire progresser le niveau de vie de notre population. Mais notre lutte doit se situer avant tout sur le front politique.

Nous devons lutter pour conquérir et conserver une indépendance réelle, une indépendance sans conditions ni restrictions. Le gouvernement française sait que notre peuple et son gouvernement ne toléreront aucune limitation a leur souveraineté. Ainsi si nous nous refuserons à abriter sur notre sol une base militaire, ainsi nous nous refuserons également de nous aligner sur la politique d’un pays ou d’un bloc quel qu’il soit.

Je l’ai dit plus haut, nous proclamerons notre indépendance avant le 1er juillet 1977.

J’ai enregistré avec satisfaction la déclaration du délégué français sur ce point capital. Le gouvernement français doit s’engager en outre a faire participer les responsables du Territoire aux préparatifs de cette échéance nécessite en effet une préparations minutieuse. Plusieurs obstacles restent à franchir avant de l’atteindre. Etant donné notre d »sir d’accéder à la souveraineté internationale dans l’amitié avec la France. Nous voulons que ces obstacles soient franchis avec les totales coopérations avec cette puissance. Le premier et le plus délicat de ces obstacles  consiste dans la distribution des cartes d’identité françaises aux ressortissants du Territoire. L’on s’étonnera peut-être que nous insistons tant pour obtenir des CIF alors même que le temps de présence de ce pays sur notre sol est compté. En fait l’opération « cartes d’identités permettra aux dirigeants du futur Etat de connaitre avec précision  le nombre des ressortissants de leur pays. Nous attendrons du Gouvernement français, qui reste maitre de l’application des lois sur la nationalité que cette étape sur la voie de notre indépendance soit parcourue sans accroc et s’achève le plus vite possible. Le deuxième obstacle est constitué par l’organisation d’un référendum par lequel la population  de notre territoire exprimera sa volonté de se séparer de la France. C’est là un obstacle dressé sur la voie de l’indépendance par les lois organique et la tradition française qui veulent que l’on n’accorde son indépendance à une colonie qu’après une consultation populaire. Pour ce qui nous concerne nous ne voyons aucun inconvénient à ce que la population soit consultée pour exprimer par la voie des urnes, sa détermination d’accéder à l’indépendance. Car il ne fait pas de doute que le choix sera l’indépendance. La présence des observateurs de l’ONU est une garantir supplémentaire de la sincérité du soutien. Nous comptons sur cette présence. L’opération référendum terminée, il nous restera à mettre en place les organes juridiques de la souveraineté. Achever l’opération (cartes d’identité), organiser une consultation populaire mette en place les organes juridiques de notre souveraineté, telles sont les étapes à franchir avant de proclamer notre indépendance. Huit mois sont largement suffisants pour ce faire. Sous le signe de la réconciliation, il y a lieu de préciser en outre que nous tenons à ce que les deux mouvements de libération le FLCS et le MLD participent à la préparation de l’indépendance du pays. Le Gouvernement française doit tenir compte de l’existence de ces deux mouvements. Cette indépendance une fois acquise, nous sommes décidés à la conserver. Nous ne tenons pas à remplacer un colonialisme par un autre. Cela va de soi me dira-t-on, certes l’on sait cependant que des revendications annexionnistes ont existé jadis à l’encontre de notre pays. Heureusement ces revendications ont disparu aujourd’hui. Je dis nettement ici que nous n’admettrons jamais que des ingérences extérieures altèrent notre souveraineté. L’on parle par ailleurs de garantir notre indépendance par un pacte à passer entre les deux Etats voisins. C’est semble-t-il dans notre intérêt. Je dis que nous ne voulons pas d’un tel pacte. Un exemple très récent à  montré ou mènent les accords de cette espèce passés entre les grands états sous prétexte de défendre et de protéger un petit état. Nous ne voulons pas d’un pacte qui puisse donner à l’une ou à l’autre des puissances signataires le droit se mêler de nos affaires sous prétexte de nous protéger contre l’autre puissance signataire. Par contre nous demandons à ce que les deux puissances déclarent solennellement ici comme ailleurs reconnaitre notre droit à l’existence en tant qu’entité indépendante. Qu’ils reconnaissent que en tant qu’Etat et Nation, nous avons les même droits qu’eux à vivre indépendants et mène la politique de notre choix. Nous demandons également que ces deux puissances s’engagent à s’abstenir de toute intervention dans nos affaires intérieures.  L’arrière-pensée de nous dicté une fois indépendant, notre politique extérieure est chimérique. Nous nous refuserons à devenir le protectorat d’un autre pays, quel qu’il soit. Pour notre part, nous comptons mener une politique d’amitié et de bon voisinage à l’égard des deux pays voisins frères comme à l’égard des tous les pays qui reconnaitront notre indépendance et accepteront notre amitié. Nous éviterons que de notre sol, il soit porté atteint à l’intégrité territoriale et à la sécurité d’un autre pays. Pour le reste notre politique extérieur sera dicté par le seul intérêt national.
Nous demanderons dés la proclamation de notre indépendance, l’admission comme membre à part entière des Nations Unies. Nous respecterons la charte de cette organisation et nous compterons sur elle pour protéger notre intégrité territoriale et notre sécurité contre les convoitises et les agissements de tout autre Etat membre. Nous rejoindrons également l’OUA et nous lui demanderons de protéger notre intégrité territoriale et notre sécurité. Du fait de l’histoire, de la langue et des traditions, nous appartenons également au monde arabe. A ce titre nous entendons nouer des liens plus étroits avec les pays arabes et avec la Ligne Arabe.

Monsieur le Président, je vous remercie de l’attention que vous m’avez prêtée. L’année prochaine à pareille époque c’est, je l’espère vivement, le représentant d’un Etat indépendant qui participera à vos travaux. Maos d’ores et déjà j’invite tous les pays de votre organisation à apporter leur aide à mon pays afin qu’il prenne rapidement dans la communauté internationale a place qui lui revient.

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